Petit précis de matelotage, part. 1

Une des premières questions que les gens se posent à propos du métier de matelot, c’est « en quoi cela consiste », concrètement. On n’a souvent que des bribes, des images fugaces, quand on évoque le grand métier. Des souvenirs de films, un instantané ou une gravure sur le mur de chez mamie, l’évocation dithyrambique d’un romancier… On imagine un homme tenant la barre, une ribambelle de silhouette couchées sur une vergue, des gars en vareuse et casquette, la pipe entre leurs lèvres sérieuses, posant devant un navire à quai comme pour une photo de classe… Mais on se doute bien qu’ils font autre chose que tenir la barre et serrer les voiles. On en a parfois l’intuition. On se dit que ces machines de bois, de chanvre et de toile doivent nécessiter un entretien soutenu et permanent. Mais souvent, sans bien se représenter la chose.

Le matelotage, c’est le cœur du savoir-faire du gabier. C’est l’art de faire les nœuds, et les techniques d’entretien du gréement.
A bord des navires à voile de l’époque, pas ou peu d’acier. Les haubans et leurs ridoirs, les estropes des poulies, le câble de mouillage (et non la chaîne comme aujourd’hui), tout était en bout. Des tensions énormes, dans de la fibre végétale. Avant que le gabier n’exerce sa science du matelotage, il y a bien sûr le cordier, ou trévier, qui fabrique les cordages. Sans lui et son savoir-faire ancestral, il n’y aura pas de bout à manipuler du tout.
Mais une fois en mer, c’est le matelot gabier qui prend la relève. Il va devoir maintenir en état de fonctionnement tous ces cordages, les réparer, les remplacer, faire et défaire des nœuds, encore et encore, et encore.

Voici donc une petite liste, non exhaustive cela va sans dire, de quelques nœuds fondamentaux, et leur fonction.

Les nœuds marins

Le nœud de chaise : le nœud marin par excellence. Il permet d’obtenir une boucle, qui est très facile à défaire, peu importe la tension que le nœud a reçu.

Le nœud de taquet : c’est le fameux nœud où on « fait des huit » autour d’un taquet, permettant de tourner un cordage. Sur un grand voilier, on ne fait pas de demi-clefs à la fin. La demi-clef, avec la tension que reçoit le cordage, pourrait être impossible à défaire au moment voulu. Ce sont les tours autour du taquet, qui, en se serrant, maintiennent le nœud.

Le nœud de cabestan : incontournable, peu importe les circonstance. Pour amarrer une défense, une garcette qui traîne, ou n’importe quel bout à n’importe quel espar. Bien résistant, mais qui peut se défaire assez facilement si le dormant est mou.

Le nœud en huit : c’est un nœud d’arrêt, idéal pour former une épaisseur à l’extrémité d’un cordage, afin de l’empêcher de s’échapper de sa poulie. Les grimpeurs le connaissent bien, notamment dans sa version doublée, qui permet de s’amarrer solidement à une corde de rappel, par exemple. Les marins de l’époque, s’ils ne s’amarraient pas eux-mêmes, prenaient toujours le soin d’amarrer le matériel qu’ils montaient avec eux dans la mâture : couteau, épissoir, seau… Le nœud de chaise n’est alors pas le mieux indiqué, car il a tendance à glisser s’il n’est pas en tension. Le nœud de huit doublé, en revanche, ne bougera pas.

Un tour mort et deux demi-clefs : comme le cabestan, un nœud d’amarrage simple et multi-fonctions. Il est même un peu plus sécure qu’un cabestan.

Le nœud plat : c’est un nœud d’ajut, c’est-à-dire qu’il sert à ajuter (relier, assembler) deux cordages ensemble, ou deux extrémités d’un même cordage. A ne pas confondre avec le nœud de vache, le double-nœud terrien. A bord des grands voiliers, c’est un nœud plat gansé qui sert à maintenir les garcettes de ris. Plus la pression que le nœud plat exerce sur l’objet est importante, plus il tiendra. C’est pourquoi on lui préférera le nœud d’écoute lorsqu’on veut ajuter deux cordages qui ne font pas pression sur un objet.

Le nœud d’écoute : idéal quand on doit relier deux cordage d’une épaisseur différente, mais efficace également sur deux cordages de même diamètre. Il est notamment utilisé pour confectionner les mailles des filets de pêche.

Le nœud de bosse : très important sur les grands voiliers, où la tension dans certains cordages est telle qu’il sera impossible de la maintenir à la main. Quand on veut tourner une drisse par exemple, un matelot effectue ce nœud sur le dormant en tension, à l’aide d’un cordage qui a son point fixe sur le pont, pendant que les autres maintiennent la tension. Une fois bossé, on peut choquer doucement le cordage, la tension est retenue par le nœud de bosse. Le matelot peut alors tourner le cordage à son cabillot, puis défaire le nœud de bosse.

Il y a bien d’autres nœuds, des centaines à vrai dire. Mais on dit qu’il vaut mieux en connaître parfaitement une quinzaine, que l’on peut effectuer en toutes conditions et de manière appropriée, qu’une centaine que l’on ne sait utiliser correctement. On notera aussi que d’un bateau à l’autre, selon le navire, le bosco ou le capitaine, on préférera certains nœuds plutôt que d’autres.
On peut tout de même citer, parmi d’autres nœuds couramment usité, le nœud de grappin, pour amarrer un cordage de façon à ce qu’il ne glisse pas. Le nœud de pêcheur, qui ajute deux cordages, mais qui est presque impossible à défaire quand il a été mis en tension.
On peut aussi citer tous ces nœuds au nom d’oiseau et de bestiole, dont l’origine du nom m’échappe, mais qui révèle l’imagination fertile du folklore marin quand il s’agit de vocabulaire… J’en veux pour preuve le bec d’oiseau, le cul de porc, la tête de more, la jambe de chien, la gueule de loup, ou encore la gueule de raie…

Dans d’autres articles, nous entrerons un peu plus dans le vif du sujet, en présentant les travaux un peu plus techniques, plus durables, tels que les épissures, les amarrages, le fourrage…

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