Avant-propos : la recrudescence de la piraterie dans les Bahamas

1713. La guerre de Succession d’Espagne vient de se terminer. Dans les mines espagnoles de Potosi et du Mexique, l’or et l’argent s’accumulent, en poussières et lingots. Les galions de la flotte d’Espagne partent normalement chaque année vers Cadix, les cales alourdies de ces précieux minerais. Mais le royaume d’Espagne, prudent, a préféré attendre la fin de la guerre avant d’autoriser les galions de la flotte à rentrer. Et pour cause : en temps de guerre, il aurait été bien mal venu de laisser cette précieuse cargaison à la merci des corsaires français et britanniques.
Mais l’empire espagnol est ce qu’il est en grande partie grâce à ces arrivages réguliers d’or et d’argent venu du Nouveau-Monde… La guerre a duré quinze ans, et les caisses sont vides. Il est grand temps que la flotte revienne les approvisionner. Faisant fi de la saison des ouragans qui approche, le commodore de la flotte, Don Juan Esteban de Ubilla, sur ordre du Roi, ordonne l’appareillage de La Havane le 24 juillet. Six jours plus tard, les douze navires chargés d’or sont pris dans une violente tempête… Le lendemain matin, de singuliers artefacts se mêlent à la laisse de marée. Seulement un navire a survécu, les autres se sont jetés au plain, et leur cargaison s’est déversée sur l’estran des plages de Floride…

Pendant ce temps, dans tous les ports de l’Ancien et du Nouveau Monde, règne une atmosphère désabusée et pleine de rancœur. Des milliers de marins sont au chômage forcé depuis la signature des traités de paix. Trois quarts des effectifs de la Royal Navy (environ 36 000 hommes) ont été congédiés durant les deux années qui ont suivi le traité d’Utrecht. Ces hommes sont souvent jeunes, entre vingt et quarante ans. La guerre a duré quinze longues années, et bon nombre d’entre eux n’ont rien connu d’autre que leur quotidien de matelot dans la Navy. Ils ne savent rien faire d’autre.
Désœuvrés, ils dépensent leur maigre solde dans les tavernes, à la recherche d’un embarquement dans la marchande, tout en évitant les capitaines tyranniques, ce qui n’est pas une mince affaire. Les navires allant en Afrique sont considérés comme les pires. Mais il y a si peu de travail, qu’il faut parfois accepter l’inacceptable pour survivre… Pour tous les autres, et ils sont nombreux, l’avenir est bien sombre. Ils passent le temps comme ils peuvent, attendant un signe, n’importe quoi, qui leur redonnerait une raison d’espérer vivre, ou même survivre, dans cette société qui les a dévoré puis recraché sans scrupules.

Certains corsaires, parmi les plus téméraires, ont continué leurs activités de course même après la signature des traités. Attaquant les navires ennemis avec des lettres de course périmées, prétendant parfois ne pas savoir que la paix a été prononcée, ils n’ont simplement rien changé à leur quotidien de guerre. La seule différence, c’est qu’ils se gardent, pour la plupart, la part du butin normalement prévue pour l’armateur et le gouverneur qui a signé leurs lettres. Certains ont un « arrangement » avec un gouverneur véreux, qui leur écrit de fausses lettres de course en échange d’une part conséquente.
Peu importe les termes du contrat, il est illégal. Cela fait d’eux autre chose que des corsaires. A présent, et tant que la paix perdure, ce sont des pirates.

Parmi eux, une bande de marins roublards et habitués à la vie des tropiques, installés depuis quelques décennies sur l’île d’Eleuthera. En tant que marins, ils sont plus proches des Indiens Caraïbes et leurs pirogues que des officiers de la Navy rompus aux mathématiques et au protocole rigoureux. Ils ont l’expérience du terrain, connaissent et s’adaptent à leur environnement, mais manquent d’organisation et de matériel pour pouvoir mener des flottes denses et redoutables…

C’est là que la nouvelle se répand : la flotte d’Espagne s’est échouée sur les rivages de Floride, et avec elle, quatorze millions de pesos (les fameuses pièces de huit).
La « ruée vers l’or » commence. C’était le signe que beaucoup de matelots désenchantés attendaient. La perspective de l’argent facile et d’une vie meilleure achève de les motiver à agir. Des bûcherons de Campêche (communauté d’hommes marginaux) se mêlent aux matelots venus de tous les ports des Amériques. Ils s’allient en petits groupuscules à bord de pirogues rapides et maniables, et attaquent en assauts réguliers les campements espagnols qui se sont montés sur les lieux du naufrage. Mais les Espagnols défendent becs et ongles leur trésor, et les pertes sont nombreuses du côté des pirates… Il apparaît clair que sans force efficacement menée, les chances de ramasser ces quelques miettes du trésor sont minces.
Les « corsaires » d’Eleuthera aimeraient tenter leur chance, et ils ne sont pas les seuls… Un jour, un homme arrive à Harbour Island, le port d’Eleuthera. Ce lieutenant de la Navy, malgré une carrière prometteuse, a décidé pour d’obscures raisons de tenter sa chance en attaquant les épaves. Il leur offre financement et connaissances dans l’art de la guerre et de la navigation sur les grands voiliers, en échange de leur témérité et de leur expertise de ces eaux.
Cet homme s’appelle Edward Thatch (Teach, selon les sources). Son premier contact à Eleuthera n’est autre que le capitaine Benjamin Hornigold. Cette rencontre sera déterminante dans l’essor de la piraterie dans les Bahamas.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s